Les heures de la muse - Ii, 1902· La forêt — la mer et la nuit
Esquisse marine
Pour M. C. Poinsot el G. Normandy.
Poète, qu’il est doux de contempler les flotsDont le soleil au loin fait scintiller la houle !Qu’il est doux, loin des yeux importuns de la foule,D’écouter l’océan battre avec des sanglotsL’âpre et rude falaise où le sapin inclineSon diadème au gré de la brise marine.Rien ne trouble l’esprit méditatif. Des volsDe goélands légers passent à grands coups d’ailes,Pareils en leur blancheurs à des vols d’âmes frêles.
Au travers des rochers et des pins parasolsLa mer bleue apparaît. Elle semble sourire.Le vent salé murmure avec un bruit de lyreDes mots harmonieux, tremblants, plaintifs et douxComme une ode d’Horace ou des vers de Virgile.La plage de mica, de sable blond, d’argileMiroite. Les varechs sèchent, visqueux et mous.L’écume de la vague et le jusant sonore— Telle une amante après l’amour palpite encoreSe soulèvent, là-bas, sans trêve ni repos.Ils bercent lentement d’humbles petites voilesDont claquent sous l’azur les triangles de toiles.L’air léger sur son aile apporte les proposDes Naïades. Parfois, en un éclair rapide,File à fleur de la vague un saumon argenté.
C’est la fête des flots et de l’immensitéOù tu t’ébats, Vénus, sur l’Océan sans ride.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources