Les heures de la muse - Ii, 1902· Le poème d’éros
La double statue
Pour Tristan Klingsor.
Le Dieu fier qui sourit dans sa gaine de marbreEst Éros. Sur son front les lourds cheveux bouclésTombent et tu peux voir que ses deux pieds ailésFont fleurir en passant les rameaux morts d’un arbre.
Il est là, fort et beau. Son vil rêve et sa mainAu fin carquois d’osier s’attache, ainsi qu’un lierreEnlace en ses anneaux de feuilles la chaumièreOu comme aux vieux donjons s’incruste le jasmin.
La clarté du zénith l’illumine et projetteSon ombre. Approche-toi. Regarde : sur la têteVoici les lourds cheveux bouclés, voici les doigtsAvec grâce étreignant l’osier du fin carquois.
Et, dans l’image enfin sur le sol apparue,Voici les traits et le profil de la statue.Car du marbre divin le blanc soleil d’étéA fait un éros d’ombre égal au Dieu sculpté.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources