Les heures de la muse - Ii, 1902· Le poème d’éros
Le passage
Éros sourit, ce soir, à mon âme rêveuse,Éros, plein de pitié.L’onde verte des prés comme une mer se creuseAu doux poids de ses pieds.
J’ai senti lentement se fondre sur ma boucheLe miel de son baiser.Mon cœur ardent, mon cœur solitaire et faroucheBattait à se briser.
Quels ineffables pleurs coulèrent à ma joueLorsque les doigts du Dieu,– Tel un vent aromal qui dans l’ombre se joueFrôlèrent mes cheveux !
Ravissements, transports, langueur charmante, extase,Perpétuez en moiL’instant où, comme un feu splendide qui l’embrase,Mon cœur connut l’Émoi.
Que me font désormais les essenses des roses,L’Automne et ses fruits d’or !Amour m’a dévoilé l’inanité des chosesQue j’aimais jusqu’alors.
Je ne veux plus que lui. J’ai soif de ses caresses.Hors l’arome divinQu’exhalait sur mon sein extasié ses tresses :Ah ! tout le reste est vain.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources