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un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - Ii, 1902· La forêt — la mer et la nuit

La nuit

Pierre de Bouchaud· 42 vers

Pour Rémy de Gourmont.

Le jour s’éteint et meurt comme une fleur déclose.On dirait dans l’éther des corolles de roseQue lutinent encor les papillons de feuDes solaires rayons nimbant le dôme bleuDu ciel. Tout s’assombrit. Le soir qui se déploieRecouvre peu à peu le zénith qui flamboieDe palmes d’un velours vert tendre ou brun lilas.Le ramier langoureux et le passereau lasSe posent pour la nuit sur les rameaux des frênes.Les énormes sapins étalent leurs carènesDe feuillage où frissonne un vent léger et frais.Et le limpide azur se voile de cyprès.On entend s’égoutter les vasques des fontainesEt sur les gazons courts, dans les taillis de chênes,Les biches s’ébrouer près du cerf au repos.C’est l’heure où s’éveillant le Satyre disposVague à pas lents parmi les ombreuses allées ;Où les Nymphes, de lys et de glaïeuls voilées,L’arc en main, le carquois battant leurs flancs rosés,Dans la nuit languissante et pleine de baisers,Suivent par les halliers, près du lac diaphane,La Déesse farouche et furtive, Diane.

Tandis que les mortels, murés dans leur logisDorment profondément, la divine Artémis,Le cor d’argent bruni passé dans sa ceinture,Erre par la futaie et chasse à l’aventure.Une exquise fraîcheur baigne les champs déserts.Phœbé luit. Le Notus, en traversant les airs,Éparpille une odeur de verveine et de menthe.Parfois le rossignol avec sa voix charmanteCélèbre les douceurs si tendres de la nuit.Et Diane, oubliant le sanglier qui fuitEt détale avec crainte à travers la ramure,Éprise de ton calme, ô sereine Nature,S’arrête pour s’étendre au cœur des bois touffusDont les arbres dans l’ombre érigent leurs grands fûts.

Puis un silence plane. Alors toutes les chosesTombent soudainement à des sommeils moroses.Bientôt, on n’entend plus dans les taillis profondsChuchoter les rameaux et se frôler les joncs.Et la Vie, un moment, apparaît suspendueAux lèvres de velours de la nuit éperdue.

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources