Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
La prudence
Pour Marc Legrand.
Εσλοι δε δεδορκαντι βίον ’απονέστερον.PINDARE.
Arrête ! Ne va pas plus loin. Le chèvre-piedDans l’herbe frémissante et haute épie et rôde.Son œil couve tes seins et suit ta hanche chaudeOù s’enroule l’acanthe et le lin délié.
Prends garde ! Sois docile. Écoute, par pitié,Mes conseils. Ce hallier facilite la fraude.C’est là qu’un jour d’Automne un Satyre en maraudeMe prit, malgré mes pleurs, sur l’herbe où tu t’assieds.
En vain de cris perçants je remplis le bocage.Le cruel, sans remords, dans ce vallon sauvage,Outrageait ma pudeur et meurtrissait ma chair.
Hélas !… mais tu souris, et ta jeune ignoranceNe peut saisir le sens de mon regret amer…Sans comprendre entends donc la voix de la prudence.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources