Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
La syrinx
Pour Paul Flat.
Et genitrix modulorum musica.
Le son de la Syrinx est doux au soir tranquille.Faune ! pour t’écouter la Nymphe des roseauxA quitté sa retraite, et l’on voit sur les eauxComme un cygne glisser sa forme juvénile.
Le son timide et doux, tel un rideau léger,Recouvre l’horizon, remplit les vallons roses.Le portique du Temple est enlacé de roses.Sur les coteaux voici le zéphyr voltiger.
Si limpide est le flot que les degrés de marbreDont la fraîche blancheur baigne au miroir d’azur,Prolongent lentement, jusqu’au fond du lac pur,Leur clair chemin malgré l’ombre épaisse des arbres.
Et tout : la forêt grave, et les champs, et les prés,Les monts harmonieux que dentelle la neige,Et le mobile essaim des colombes, cortègeD’Aphrodite aux bras blancs, d’Éros aux yeux dorés,
Tout écoute et s’émeut, tout murmure et tressaille,O Faune, cependant que la divine voixDe la Syrinx, docile au toucher de tes doigts,Va creuser dans l’éther de sonores intailles.
Et le jour qui s’éteint est si tiède et si beau,Qu’éperdu de douceur, pâmé de mélodie,Il meurt paisiblement, sans regretter la vie,Puisque ton chant d’amour l’accompagne au tombeau.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources