Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
Les abeilles d’automne
Pour Daniel de Venancourt.
Incumbunt operi gratisque laboribus instant.
Il est doux de venir, aux brumes de l’Automne,Rêver paisiblement sur notre court destin,Alors que le vent fait frissonner le satinDes prés et que l’essaim des feuilles tourbillonne.
Étranger, tu dis vrai : la vie est monotone ;Le souvenir se perd de notre heureux matin ;L’espoir, si beau jadis, diminue et s’éteint ;Nos cœurs sont des jardins que la sève abandonne.
Et pourtant, au versant de ce discret vallon,Ton œil peut contempler, sous le grand dôme blondDes hêtres, ce rucher plein d’actives abeilles.
Vois ! Jusqu’au sombre seuil de la saison de mort,Sans regret des beaux jours elles œuvrent encor :Puissent nos âmes être à leurs âmes pareilles !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources