Les heures de la muse - Ii, 1902· Le poème d’éros
Le conseil
Il est venu à mon chevet ; mystérieuxEt doux il est venu et dans l’ombre ses yeuxBrillaient et scintillaient comme une flamme vive :« O pitoyable Dieu, fais que mon nom survive« A la mort, m’écriai-je, et que l’Humanité« A qui je dévoilai le sens de la Beauté,« Garde mon souvenir et pour jamais l’exalte.« Et burinant mes traits aux veines du basalte« — Car vain est l’Héroïsme, inutile l’Effort« Où la Gloire n’a point posé son nimbe d’or« Sur les murs des cités, aux champs ou dans les rues« Proclame à tout jamais ma mémoire impollue. »
Mais il me répondit : « Pauvre être, ne crois pas« « A la pérennité par delà le trépas« D’un nom qui veut survivre à la fuite des choses.« Les parfums restent-t-ils des glycines décloses ?« Le printemps vit à peine et le fleuve des mois« N’épargne point l’élu porté sur le pavois.« La flamme à peine née aussitôt devient cendre.« Une heure peut flétrir la pulpe du fruit tendre.« Le crépuscule touche, et de si près, au jour !« Mais sache qu’au tombeau seul résiste l’Amour.« L’ardeur ne s’éteint pas des anciennes caresses.« Elle réchauffe encor l’humble tertre où se pressent,« Sous les pétales purs des églantiers grimpants« Et les festons du lierre aux mille bras rampants,« Deux époux, douces fleurs que la Mort a cueillies :
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources