Les heures de la muse - Ii, 1902· Le printemps, l’été, l’automne· L’automne
Le repos
Pour Fernand Gregh.
Laisse ma main garder ta main, les heuresPassent si doucement dans ta douce demeure !Le mal ni les soucis ne s’en approchent pas.L’Amour nous voit. Il nous sourit. Parlons tout bas.Sa présence remplit la maison d’allégresse,Car, malgré le silence, on sent que la tristesseA fui pensivement par l’huis tout grand ouvertEt s’envole et s’égare au sein des arbres verts.Le grand ciel infini entre nos yeux. L’extaseSur nos lèvres longtemps a suspendu la phraseQu’une double tendresse aimait à murmurerEt forcé longuement notre âme à se murerDans un mutisme ardent, cependant que l’étreinteL’une à l’autre unissait nos deux formes empreintesEncore aux lourds coussins que parfuma ta chair…L’Automne languissant dore l’horizon cherA mes regards. Là-bas, au contour des collines,Les arbres vers le ciel pointent leurs branches fines,Et, près du bois profond, la moire de l’étangSe ride sous le poids des cygnes éclatants.Laisse ma main garder ta main, les heuresPassent si doucement dans ta douce demeure.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources