Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
Les regrets du vétéran
Pour Louis Boucher.
La lance est lourde aux mains qui, dans l’art de tresserLe jonc flexible en natte ou l’osier en corbeilles,Excellaient et savaient d’arabesques vermeillesOrner la toile fine au métier à tisser.
Sur l’amphore de grès mes doigts aimaient presserLe pis gonflé de lait, le sac plein de groseilles,L’outre de raisins noirs pendus au flanc des treillesEt qu’Aglaé pouvait cueillir sans se baisser.
O jeunes souvenirs de mes tendres années,O champêtres labeurs, idylles fortunées,Rien en moi n’a tari votre charme puissant !
Et parfois, au bois dur de mon arme brandieDans la mêlée horrible où coule à flots le sang,Je crois voir apparaître une branche fleurie.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources