Les heures de la muse - Ii, 1902· Pérennité
Pérennité
Le souffle ardent d’Éole en effleurant ta chairS’adoucit et devient une tiède caresse.L’Univers te salue ainsi qu’une DéesseEt veut qu’à tes pieds nus meure le flot amer.
Je le sais : les étés, les jours, les belles heuresEngloutissent leurs cours au gouffre noir du Temps.Mais comment oublier les merveilleux instantsOù ma pauvre âme auprès de toi se fit meilleure ?
Rappelle-toi. La clématite avait éclosSes pétales soyeux, étoilés et fragiles.Nos pas allégrement résonnaient sur l’argile.L’ombre étendait ses bras obscurs sur nos repos.
Ainsi se préparaient les Souvenirs fidèles !L’avenir qui s’ouvrait à nous dans le lointainDéjà nous souriait, comme l’aube au matinAlors que sur les champs s’éveillent des bruits d’ailes.
Que la moisson fut bonne à nos cœurs ! Les épisEnlacent nos pensers d’une guirlande blonde.Nos yeux se sont plongés dans le cristal de l’onde.De joie et de baisers nos rêves sont fleuris.
Je ne crains pas la mort impuissante à détruireCe Passé magnifique, ardent, délicieux,Où, tels de grands oiseaux, nous planions dans les cieux.Le soleil de l’Amour sur nos tombes peut luire :
Sa chaleur, maternelle à des restes glacés,Nous fera tressaillir dans la nuit funéraireEt ses rayons ardents viendront baigner la pierreOù le passant lira nos deux noms enlacés.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources