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Les heures de la muse - Ii, 1902· Le printemps, l’été, l’automne· Le poème de l’été

II. « Senteurs des nuits d’été, doux parfum de rosée  »

Pierre de Bouchaud· 43 vers

Pour Paul Musurus.

Fluunt a rebus odores.

Senteurs des nuits d’été, doux parfum de rosée ;Fraîcheur délicieuse où les bois sont baignés ;O soupirs de la terre heureuse et reposée,Nards subtils dont les champs muets sont imprégnés ;Vents légers portant sur leurs ailes le silenceEt prenant leur arome aux calices des fleurs ;Vent tiède et pur, ô vent dont l’haleine balanceLa rose incarnadine et les pâles blancheursDes jasmins étoilés qui s’ouvrent aux ténèbres ;Senteurs des nuits d’été, douces odeurs funèbres,Vous descendez en moi comme un baume divin.Vous emplissez d’espoir mon âme et ma penséeEt je me perds en vous ainsi que le SylvainSe perd dans la forêt par l’Eurus caressée.Vous laissez au miroir du lac tomber parfoisLes pollens fécondants et les jaunes poussièresDes lys mystérieux éclos au fond des bois.Vous promenez sans bruit, sous la frêle lumièreDe Phébé qui sourit, vos cortèges légersEt vous environnez les arbres et l’espace,La campagne tranquille et les calmes vergersDe guirlandes d’odeurs où l’âme de Dieu passe.

Chers parfums que mon front avide vient baiser,Votre souffle calmant tombe sur mes paupières,Et je sens mon esprit inquiet s’apaiser,Senteurs des nuits d’été, frais parfums des clairières,Au bienfaisant contact de vos ondes d’amour.Par vous le clair silence est plus doux, et la sourceAvec plus d’harmonie et d’essor tour à tourSur le lisse tapis des prés poursuit sa course.La sève qu’échauffa l’implacable soleilÉtanche son ardeur aux bains de votre essence ;L’herbe y puise la vie et le rosier vermeilY prépare en secret sa belle efflorescence.Sous le voile d’azur de la profonde nuitVous dispersez partout les sucs et les aromes,Et dans la grande paix ombreuse, loin du bruit,Votre âme s’évapore en odorants atomes.Vous jetez sur le sol votre manteau flottantEt répandez l’ardeur, la grâce et l’eurythmie,Et lorsque vous passez il semble qu’on entendRespirer doucement la Nature endormie,Senteurs des nuits d’été, dans l’éther palpitant.

43 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources