Les jours reflétés, 1925· La nature
Au milieu du mois d’août
Au milieu du mois d’août l’on sent déjà l’automne.On dirait, ce matin, que chaque arbre frissonne,Avec la flore ornant les massifs du jardin.Car froide fut la nuit qu’un déluge soudainSurprit — Dieu bienfaisant — en pleine canicule.Du jour au lendemain l’atmosphère qui brûleEt plonge les poumons dans un fleuve de feu,A gagné le pays lointain du songe bleu.A l’horizon, les pics se saupoudrent de neige.Du poids mort de l’été la Nature s’allège.Sur leur tige rigide on voit les hauts rosiersS’épanouir, contents d’échapper aux brasiersD’un soleil furieux et qui, la veille encore,Effritait et fanait leurs jets multicolores.Les ruisseaux, retrouvant leurs heureux gazouillis,Disent une ode agreste aux mousses des taillis.La brise dans les pins discrètement soupire.Parmi les joncs bordant le miroir d’eau, ZéphirePromène avec douceur son souffle parfumé.Couché dans l’herbe, Pan, par l’air vif ranimé,Aux sons stricts et précis de sa flûte d’ébène,Fait danser, près du lac, chèvre-pieds et sirènes,Et les oiseaux fendant l’espace radieuxEmportent du bonheur terrestre jusqu’aux cieux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources