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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· Hors de France

Au seuil du Parthenon

Pierre de Bouchaud· 76 vers

A la mémoire de Pierre de Ronsard.

Comme arrivent les pléiadesDes mois au flambant aspect,Je veux — tel un pâtre grec —Suivre Pan et ses dryades.

Et pendant que sur le préÉtincelle la jonquille,Puisque l’azur enfin brille,Chanter un péan sacré.

Je célébrerai la sèveFaisant gonfler le bourgeon.Au bout du flexible joncLa mince phalène rêve.

Et déjà le papillonOu la diligente abeille,Près du sol qui se réveilleVolette. — Un gai bataillon

De merles, ivres de vie,Lie aux lieds des guiers coulantPar l’herbage étincelantSa diserte psalmodie.

Voici les parfums nouveauxQui saturent l’atmosphèreEt que Flore et PrimevèreLancent par monts et par vaux..

Et j’évoque alors la friseCouronnant le Parthénon ;Les canéphores, — cent onQue le paros improvise, —

Semblent porter le printempsDans leur corbeille fleurie.Et je retrouve — ô féerie ! —Les ineffables instants

Où je respirais, en Grèce,L’air des héros et des dieux,Tandis qu’au ciel radieuxLe soleil était en liesse.

Ruines, lointains ambrés,Monts carmins, mer glaucescente :Votre ensemble, qui me hante,Jamais je ne l’oublierai.

Athène, à mes pieds, reposeDans une poussière d’or.Ici, l’art brave la mortComme une éternelle rose.

Lorsque je lève les yeuxJ’admire, au fronton du temple,Le corps souple et le geste ampleDes cavaliers merveilleux.

Jeunesse suave et fraîcheDescendante de Phidias,O floraison de l’Hellas ;Rythme admirable, prière

Que, dans le marbre, au ciseau,Sut écrire le génie :Votre splendeur s’harmonieAux jours lumineux ! L’oiseau

Fend les espaces limpides.Le délicieux passéM’a derechef enlacé…O nobles cariatides,

Qui portez l’Erechtheion,Les grands plis de la tuniqueMoulent votre corps pudiqueAvec adoration…

… Ma Muse, ô vierges, vous mêleA cet éclat infiniDu monde que rajeunitLa puissance de Cybèle…

Et c’est pourquoi, tous les ans,Dès que renaît la nature,Mon souvenir s’aventureA recouvrer ton printemps,

Chère Attique, et ma mémoire,Alors que s’ouvrent les fleursDe France, avec leurs senteurs,S’enivre encor de ta gloire.

76 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources