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un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· Hors de France

Invocation a Pallas

Pierre de Bouchaud· 100 vers

Maintenant que les Huns de ta divine terreNe foulent plus, Pallas, l’ineffable poussière ;Depuis que, derechef, tes rameaux d’olivierSous un éther de paix ont pu se déployer,Ma pensée, ô bonheur, te revient tout entière.

Certes, même au moment où le barbare blondCueillait dans tes ravins le laurier d’Apollon,Déesse, et t’imposait sa farouche présence,Quotidiennement, de ma saignante France,J’invoquais ton pouvoir, au fort de l’aquilon.

Bien que sachant ton sol — fier de ses grands ancêtresEt d’un passé sublime — à la merci des reîtres,Sectateurs orgueilleux du redoutable Odin :Mon esprit t’invoquait, Vertu, suprême Fin,Sagesse, Réconfort du cœur que tu pénètres !

Aussi, malgré l’orage incessant des combats,Lorsque l’alleu gaulois, blessé, semblait si bas,Confiantes en toi, par delà les frontières,Irrésistiblement, s’envolaient mes prièresAux lieux qu’ont à jamais prédestinés tes pas.

Mais voici que tes yeux aux horizons tranquillesDe l’espace mouvant où s’égrènent les îles —Vaisseaux de marbre épars au sein de l’ArchipelQue le bouillant Phoibos ambre comme le miel, —Suivent ton rêve actif sur les flots qui scintillent.

De ce rêve, Pallas, ah ! permets-moi l’accès ;Laisse participer à sa divine paixMon âme à ton joug parfait impatiente.Que vers ta noble loi mon destin m’oriente.Que m’abrite, ô Cora, ton égide à jamais.

En pèlerin pieux, à ce rivage hellène,L’amour de la Beauté de nouveau me ramène,Car comment se passer de ces pays heureuxQui peuplèrent jadis l’Univers de leurs dieux ?Sites aux noms charmeurs : Nauplie, Mytilène ;

Où la vague en chantant meurt sur le sable d’or ;Où, témoin douloureux, l’écho répète encorLes lamentations d’Oreste et d’Antigone,Et, parmi les lauriers, dans la brise, résonneCe cri consolateur : « Le grand Pan n’est pas mort ! »

C’est ici le creuset où se forgea la vieDes concepts. C’est ici qu’allait être abolieIgnorance, ta brume accablant les humains.Science et poésie, en unissant leurs mains,Devaient lutter, ici, contre la barbarie.

Mon savoir s’est nourri de ton antiquité.Par tant d’éclat mon être, ardemment exalté,Plonge en ton sol, Hellas, par toutes ses racines.Si j’appris comme il faut se battre, à Salamine,Platon sut m’enseigner sa haute humanité.

Sans cesse tes auteurs fleurirent ma mémoire.Homère, Lycophron, Théocrite, Pindare,Sophocle, Thucydide, Aristote, LucienFurent de ma jeunesse austère le soutien.J’ai cheminé sans peur aux clartés de leur gloire.

Ces beaux noms : Thémistocle, assaillant de Xerxès,Léonidas, Plutarque, Eschyle, Périclès :Avec quel saint respect, certes, je les murmure !Ils forment, selon moi, ta plus riche parure,Et Perséphone en fit l’orgueil de son Hadès…

Je plains ceux qui n’ont pas vécu de ton histoire ;Ceux que n’ont pas émus les marbres purs — Victoire,Éphèbe, canéphore aux gestes mutilés —,Sur le faîte de tes Parthénons profilésOu dominant la mer du bord d’un promontoire.

Car ils ne savent point l’enivrante douceurD’oublier le présent, ses peines, sa noirceur,En remontant ainsi, — quels harmonieux stades — !Aux passés de chefs-d’œuvre éclos par myriadesQuand l’Art dictait ses lois à la Beauté sa sœur.

— Qu’importent les ingrats qui te sont infidèles !Mon culte, qu’entretient le plus chaste des zèles,Ne se démentit point, ô Pallas Athéna,Depuis que ton regard sur mon front rayonnaEt que je respirai le zéphyr de tes ailes.

Les flots ioniens où naquit AstartéRéfléchissent tes traits et ton heaume argentéAvec le dard aigu de ta rigide lance,O gardienne du Beau, constante vigilanceDu Vrai, source du Bien dans son intégrité.

Le sang d’un cœur viril court sous l’ample tuniqueQui t’enceint jusqu’aux pieds de sa blancheur pudique.Les fûts éburnéens de ton temple carréOnt l’air de s’élancer dans le vide azuréPour propager au loin la ferveur de l’Attique.

Et pendant que le temps émiette, insidieux,Les pierres tour à tour et la vie en tous lieux,Ta terre a su garder ses grâces éternelles,Et le vol sinueux des blondes tourterellesEnguirlandent toujours les vestiges des dieux.

Et c’est pourquoi, Raison, qui dictas dans AthènesLes mots d’or qu’à tes fils adressa Démosthène,Je te demande aussi d’honorer mon paysDes sagaces leçons de tes conseils choisis,Ou d’étancher, Splendeur, sa soif à tes fontaines ;

Et te prie à tes pieds, humblement prosterné,Sainte, à qui dès mes premiers ans je me donnaiDe m’admettre : d’abord sur la terrestre sente,Puis quand la mort aura rendu mon âme errante,Au nombre bienheureux de tes prédestinés.

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources