Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Automne
Voici l’Automne avec son clair manteau de feuilles.Devant mes yeux,Les prés où le colchique en son amphore accueilleL’odeur des cieux…
Voici sur le jardin l’ombre d’azur du cèdreQu’étreint le ventQui descend du coteau jusqu’à l’étang qu’il zèbre.L’engoulevent
Tourne et fait retentir au ciel son cri de guerreComme un clairon.La pomme d’arrosoir égoutte sur la terreSon torrent rond.
Les champs, au loin, sont violets, et l’eau du fleuve,Sillon d’argent,Sommeille entre ses bords. Un étalon s’abreuveTout en nageant…
L’esprit aime ce calme et médite en silence.Un bourdon noirSur le raisin juteux et souple se balance,Ombre du soir.
On entend au lointain grincer une charrue,Le bruit du socTraçant dans l’humus gras sa vacillante rue ;Des heurts de broc,
Près du pressoir serrant dans son étau la grappeQui perd son sang,Comme un cœur dont l’épreuve à coups redoublés frappe,Le jeu puissant…
Il fait calme. Il fait doux. Que ne puis-je à cette heure,De tendre émoi,Offrir, mon Aimée, à ton âme la meilleureMon meilleur moi !
Et mêler au parfum brisé de la journée,Qui va finir,Toute la passion que l’Automne étonnéePeut contenir ?
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources