Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Mon rêve
L’eau calme réfléchit dans son miroir mon rêve.Il est là plus brillant qu’un soleil qui se lève.L’hirondelle rasant le gazon de son volEst moins joyeux que lui ; et le grand tournesolQui dresse son cadran vermeil à la lumière,N’a pas autant que lui cette ivresse plénièreQui chante avec la branche et rit avec le vent…
Mon rêve, mon beau rêve, enivrant, émouvant,De tout mon cœur, de tout mon cœur, je vous salue !…Et mon âme, un moment, que vous avez élue,Cueille un peu de bonheur sur le chemin des jours…Et le fardeau du Temps, un moment, n’est plus lourd…L’automne a beau marquer la plaine de sa pluie,Je n’ai trouvé jamais aussi bonne la vie ;L’heure fugace aussi paisible ; l’horizonAussi beau d’harmonie ; et toute ma maisonAussi sûre, aussi tiède, aussi pleine d’aurore :Parce que, ce matin, comme un écho sonoreVotre lettre est venue, et que mon bel amourA revu, tout à coup, ta bouche aux purs contours.Tes yeux qui pâlissaient d’émois, et ta chair, douceA mes baisers, et puis, plus fraîches que la mousse,Tes mains, tes chères mains qui nouaient à mon couLeur étreinte de tendre et merveilleux bijou.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources