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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Ave, Primavera

Pierre de Bouchaud· 60 vers

Regardez ! Il n’est rien qui ne soit rajeuni.Déjà la tourterelle, aux alentours du nid,Qui, chaque été venant, voit naître une couvée,Et docile à l’émoi que le désir lui crée,Sur la branche, qu’Eurus balance doucement,Tout à coup, fait entendre un long roucoulement…

Salut au Renouveau qui, d’une main, disposeDans l’herbe le crocus et l’églantine rose,Au milieu des buissons ; de l’autre, accroche en l’air,Sur la branche encor nue un tendre organdi vert.

— … Ce n’est point parce qu’en beauté subite il changeNos jours tout englués, épreuve, de ta fange,Que nous devons l’aimer, mais parce qu’on lui doitLe merveilleux essor du végétal arroi !…— … Regardez ! La Nature est comme une corbeilleDont les fleurs sont en proie aux baisers de l’abeille.Il semble que partout s’égaillent les Amours.Le satin du gazon se mélange au veloursQu’incruste sur le sol l’épais tapis du lierre.La lèvre, dégustant la mielleuse atmosphère,Est un pétale ouvert au zéphyr se jouantSur la flûte des blés, les vagues de l’étang.— … Voici le Renouveau Voici la Renaissance !…Que l’âme refleurisse à ce printemps de France.Perché sur cet arbuste un alerte pinson,Petit barde joyeux, module sa chanson.Une grâce, naïve et pure et concertée,Émane de sa voix par Éole apportéeJusques à mon logis. Et son rythme, on dirait,Est pareil à celui du champ, de la forêt,Du ruisseau susurrant qui jaillit de la source,De Pan que Germinal entraîne dans sa course,Tandis qu’au fond du ciel de moelleuses vapeursFlottent sous un soleil dont les chaudes torpeursOuvrent le bout gommé d’un bourgeon qui déplisse— Retardataire un peu — son imberline lisse…

Sans doute ces rejets nés du sol, cet éther,Ces baisers suspendus qui frémissent dans l’air,Ces essors, ces sursauts, ces ardeurs de la floreQue la faune associe à ses jeux, cette aurorePrintanière éveillant la sève dans les bois,Pauvre âme, ne pourraient te décharger du poids… Que tu portes depuis le jour où tu dus vivre… Mais, pourtant si tu veux que l’oubli te délivreDe toi-même, parfois, jette-toi dans l’édenQue Primavera t’offre ; aspire le pollenDe ses fleurs ; va cueillir l’herbe aromatiséeQue les doigts du matin vont baigner de rosée.Oui ! viens à la Nature et, de toi renaissant,Sache imiter la plante à l’avril repoussant,Oui, viens à la Nature. Au milieu du silenceOndoyant des rameaux que le vent tiède encense ;Dans la communion intime et la beautéDe l’élan végétal et jamais arrêté :Sentant ton faible cœur s’inféoder aux choses,Tu te dépouilleras de tes pensers moroses,Ainsi qu’une racine où la force revient.

Tu comprendras alors que la Vie est un bienEt qu’en dépit des jours d’épreuve ou de misère,C’est par le seul effort constant qu’elle prospère.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources