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un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Avec l’automne

Pierre de Bouchaud· 72 vers

Un grand parfum de vent pénètre jusqu’à moi.La terre est tiède ainsi que le sein d’une amanteQue l’étreinte alanguit et soulève d’émoi.Plus que le renouveau cette automne est charmante.

On sent sous ses baisers frémir les arbrisseauxDormant dans leurs décors dont s’animent les combes.Elle trempe sa main à l’onde des ruisseauxEt lisse sur le toit les plumes des palombes.

Sur ses lèvres son doigt presse le blond raisinDont le suc s’insinue en ses veines divines.Son souffle caressant jette au bord du ravinLes colchiques pareils à des amphores fines.

Elle est la calme, elle est l’émouvante saison.Le cœur sous son égide a moins le mal de vivre.Elle étale aux confins de l’humain horizonTout un jeu de couleurs dont le monde s’enivre.

Elle va ! Sur les prés, desséchés et meurtrisPar les traits de l’été, doucement elle verseLa nuée apaisante, et fait, sur les pourpris,Rougir le pampre mol que l’air tendrement berce.

Elle n’est pas la mort, elle n’est pas l’oubli.Elle est la pénétrante et grave apothéose.On lui doit tour à tour l’azur le plus pâli,Les plus tendres couchants et les plus belles roses.

D’autres pourront chérir ton trouble plus profond,Printemps, éphèbe fier, Printemps, Dieu de la sève,Qui déchaînes la vie, et dont l’haleine fondLes frimas où l’hiver enveloppe son rêve.

Ils pourront surveiller d’un inquiet regardLe signe avant-coureur de ta brusque venue :Cette frêle clarté qui contemple, à l’écart,Les champs encor glacés et la terre encor nue ;

Les coteaux sous le gel paraissant endormisMais où déjà la force immuable s’éveille ;Le long de chaque branche, au désert des taillisLes bourgeons neufs enduits de leur gomme vermeille ;

L’arome précurseur du vent lourd de pollenQui flottera bientôt, telle une folle écharpe,Et dont la frénésie animera soudainLe sol qu’il frôlera comme on touche une harpe ;

Et ce trouble éperdu, cette atteinte du cœur,Cette neige en torrents fuyant de la colline,Ce transport dans les seins glissant sa chaude ardeur,Ce silence de l’âme où l’Amour se devine…

Pour moi je n’aime plus, Automne, que vos joursSi beaux de tout l’éclat de vos treilles parées ;Que votre écoulement de flots au lent parcours ;Que vos moments si grands dans leurs courtes durées.

Il me faut vos senteurs fraîches comme les fleursQui scintillent, là-bas, aux humides parterres,Et votre voix me touche autant que les odeursDe l’humus remué dans les champs solitaires.

Et je suivrai vos pas sur le gazon des bois,Dans la montagne ou bien au creux de la vallée.Partout où, souriante et sereine à la fois,Automne, apparaîtra votre image ocellée.

Car vous n’empêcherez jamais le Souvenir.Vous ne fermerez pas les portes de mon âme.Vous n’écarterez pas ni ne voudrez bannirLes espoirs de jadis tissant en moi leur trame.

Vous ne heurterez point, ainsi que le PrintempsAu vent de mai jonchant de pétales les mousses,L’arbre de mes pensers dont les rameaux penchantsAu sablier des ans comptent des heures douces…

En fidèle, qu’attire un mystère sacré,Au fond de vos halliers, au miroir de vos sources,O chère Automne, avec ferveur je vous suivrai,Loin d’Éros bondissant, strident, ivre de courses :

Pour que vous abritiez dans votre péplum d’orMes songes frémissants et mes amours passées,Et sur leurs jours sans gloire et leur stérile essor,Vous laissiez retomber vos feuilles par brassées.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources