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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Devant la statue de l’automne

Pierre de Bouchaud· 44 vers

Automne, j’eus, hier, cette surprise extrêmeDe voir en plein étéSe poser, çà et là, ton pourpre diadèmeDe vermeil tacheté.

Sous un ciel qui flambait la Nature éperdue,Comme un oiseau blesséA regagner les airs vainement s’évertueEt retombe, lassé,

Haletait, souhaitant un souffle de zéphyrQui l’arrachât un peuAux brûlures des traits que le roi Soleil tire,A son grand arc de feu.

C’est alors que passant sous un taillis de charmesOù merles, geais, pinsons,Piverts et loriots faisaient un beau vacarmeDe jeux et de chansons,

J’aperçus tout à coup les merveilleuses teintesAccrochant par endroitsLeur insigne guirlande aux mouvants labyrinthesDes branches de ce bois.

Et je bénis, sur l’heure, Automne, ce présageDe jours harmonieuxQue, quand tout est en butte à l’estivale rage,Flores, Faunes et cieux,

Tu nous donnes, au plein d’un thermidor, torrideEntre les thermidors,Avant l’heure de nous abriter sous l’égideDe tes brillants décors.

Et c’est une douceur d’imaginer ton règneSous ce brûlant rayonQui dessèche l’esprit, certe, autant qu’il imprègneDe braise le sillon.

Aussi, pour célébrer l’espoir de ta venueChère Automne, reçoisL’hommage de ces vers dont ma Muse s’est plueA te parfaire un choix.

Et permets qu’à tes pieds, Déesse, je déposeAvec les premiers brinsDu colchique laiteux, le premier raisin rose,Noué de romarins,

Sans déranger ce nid pépiant de fauvettesAu bord du socle d’orDe ta haute effigie et qui sont toutes prêtesA prendre leur essor.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources