Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Aveu
Ta tendresse m’est plus que chère.Alors même que je sais bienQue notre existence précaireEn menace l’étroit lien.
Ta tendresse exquise circuleEn moi comme un ruisseau divin.Sans elle ma sagesse est nulle,Mon réflexe énergique est vain.
Ta tendresse remplit mon âme,D’un persistant et beau plaisir.Ainsi que sous l’été de flamme,Un plant qu’évente le zéphyr.
Dans sa faiblesse elle défieToutes les rigueurs du Destin.Elle est le cadre de ma vie,Le port sûr par mon cœur atteint…
Que d’autres avec crainte exprimentLe doute qu’ils ont de s’aimer,Mêlent à leurs fièvres sublimesLa peur de les voir décliner,
Fassent d’une telle blessureL’objet de lyriques chansons,Où la rime rare tortureSerments, aveux, de cent façons !
Pour moi je n’ai pas d’épouvanteEt mon instinct s’appuie à toi,Comme la clématite s’enteSur l’arbre où sa liane croît.
Et je hais les mots frénétiquesOù l’amour exhale en fureurEn plagiant les RomantiquesSon moi, ses cris et sa fureur.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources