Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Béatrice
Mon Dieu, mon Dieu, ta douce imageToujours flotte devant mes yeux,Ainsi que la pluie en voyageSur un arc-en-ciel radieux.
Elle passe aussi dans mon âmeComme un clair de lune au printemps,Ou comme un pimpant oriflamme,Dont Éros tient les plis flottants.
Elle est là, sans cesse, à toute heure,Je suis son fidèle berger ;Que le jour sombre ou la nuit meureTout mon cœur la sent voltiger.
Tout mon pauvre cœur la devineQui voltige ainsi qu’un duvetDe chaton soyeux d’avelineDont chaque songe se revêt.
Et ce n’est pas la fantaisieD’un simple et fugitif sermentQui crée autour de moi la vieDe ce durable enchantement ;
Puisque je sens bien que mon êtreEst tellement rempli de toiQue ton image le pénètre,Qu’il le veuille ou non, malgré soi.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources