Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Chanson
Ces clématites dont ta mainTresse une flexible guirlande,Et qui ne verront pas demainS’étendre sur la vaste lande :
Laisses-en tomber quelques brinsAux pages de ce livre austère,Où mon esprit creuse l’airainDe la sagesse et du mystère :
Pour qu’un moment, sous mon regard,La fraîcheur de cette verdureOppose un flexible rempartAux leçons de la Raison dure.
Ces plumes de tourtereaux blancsQue tu recueillis dans les sentesEt dont les longs flocons tremblants,Sont striés d’ondes frémissantes :
Harmonieusement fleurisMon buvard de leurs molles neiges ;Mêle-les à ces manuscrits.Charges-en mes livres, mes sièges :
Pour que j’emprunte aux beaux oiseauxLe grand élan de leurs corps frêlesEt qu’au ciel des rêves, très haut,Ma Muse monte à tire d’ailes.
Et tes lèvres qu’Éros posa,Dans le cher jardin, sur les roses,Tes lèvres où l’air tiède osaFaire mille amoureuses pauses :
Mets-les sur mes lèvres ; mets-lesSur mon front, mes cheveux, ma joue,Et que dans nos souffles mêlésMon âme à ton âme se noue :
Afin qu’aspirant longuementLe parfum de ta jeune haleine,Je sente partir mon tourmentComme le vent fuit dans la plaine.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources