Les jours reflétés, 1925· La nature
Bruits de l’eau dans l’été
O bruit délicieux du jet d’eau sur les plantes,Buée ornant les fleurs de perles scintillantes,Mouvante humidité déposant sur le solEn gouttes de fraîcheur son essor et son vol ;O chant exquis de l’onde à l’ombre balancée ;O mobile fuseau, tournoyante fuséeTrouant l’air embrasé d’une mince vapeurEt qui ranimerait de sa vive rumeurLe gazon trop brûlant, la trop aride argile,L’arbre qui se flétrit, l’arbuste qui brasille,O bruit délicieux de l’eau tandis qu’au loinLe soleil furieux fait crépiter le foin,Frappe les champs hâlés à grands coups de lumière,Éraille le péplum de la rose trémière,Mord le buis, racornit, comme un triste feuillet,L’étoffe à mille plis dont se drape l’œillet,Gerce et perce le parc de ses flèches torrides,Tel un grand fil de feu dans l’éther se dévide,Et rend l’azur, la plaine et les monts, tour à tour,Pareils à des humains foudroyés par l’Amour.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources