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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Le vent qu’il fait

Pierre de Bouchaud· 66 vers

Le vent qu’il fait donne à l’azurSombre et profond un éclat dur.A l’air actif qui l’échevèleLa feuille s’ouvre comme une aile.C’est un parfum torrentielD’eau, de serpolet et de miel.C’est un sourire de l’espaceAux jeux de la brise qui passe.C’est sur le cèdre aux reflets bleusDes danses de rayons joyeux.

— Je tends, dans la douceur de l’heure,Mon front au zéphyr qui l’effleure.A la glycine se suspendLe flexible églantier grimpant :Et les longues grappes violettesSur le feu des roses volètent…

Une poussière de pollenS’aventure, en quête d’hymen.Parmi les pistils des corolles,Voici crisser les courterolles.Sous des hampes de gloxiniasDans l’amphore des pétuniasDes petits papillons pénètrent.Les guêpes gourmandes s’empêtrentDans la glu d’un abricot d’orDont le suc gêne leur essor.Parfois la prune reine-ClaudeS’écrase sur la mousse chaude ;Et la brise qui la cueillitY trempe sa lèvre et s’enfuit…

Comme un lac la prairie ondule,On voit la souple libelluleQui semble y ramer mollement.L’atmosphère est un diamantQue la clarté, — telle une averseEnflammée, — éperdument perce.— … Nature, spectacle enchanteur,Exquise, apaisante senteur !O pure beauté qui s’exhaleDe l’existence végétale :Vous apportez à mon espritUn peu de calme et de répit…

— Le foin que la faucheuse coupeJonche de sa soyeuse étoupeLe tapis spongieux du pré ;Sous la lame au fil acéré,L’herbe, au ras de son fût sciée,Tombe tout à coup foudroyée…

Et je pense qu’un jour viendraOù le Destin me frappera,A mon tour comme cet herbage…Quand ? Je ne sais ! mais il est sageDe s’y attendre à tous instants,Sur la route obscure du Temps…Puissé-je, pour quitter ce mondeSans que la tristesse m’inonde,Lors, emporter, dans l’au-delà,L’amour dont mon âme brûla,Jusqu’au tréfonds, pour toi, Nature ;Et garder la chère blessure— Au sein de l’espace étoilé —Du culte que je te vouai,Quand ta diversité splendideMe retenait sous son égide,Et que ton règne était pour moiUn déchirant et tendre émoi.

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources