Les jours reflétés, 1925· Hors de France
Brumaire
Par ce ciel bas j’évoque Rome,Rome claire, aux moellons dorés,Dont les hivers sont entourésD’une atmosphère qui rayonne ;
La ville aux sites ondulésAvec, au sommet des collines,De hauts cyprès à têtes fines,Çà et là, partout profilés.
La ville où toutes les chimèresDu présent et de l’avenir,Dans le révolu vont finirLeurs pauvres règnes éphémères.
Au pied des vieux arcs triomphauxQui commémorent la mémoireDe cette poussière de gloireQui fut, autrefois, des héros ;
La ville, aujourd’hui pacifique,Qui, jadis, s’abreuva de sang,Et que déchiffre le passantAinsi qu’un poème tragique ;
La ville où l’on peut méditerSur vos néants, grandeurs humaines,Et sur vos inutiles peinesPour prétendre à l’éternité.
Car lorsqu’au jour le jour s’effritentLes monuments des temps passés,Qui lira vos noms, effacésDe frontons où les lézards gîtent ?
Où trouver les écrits perdusRelatant vos apothéosesEt qu’aucunes savantes glosesDe l’oubli ne tireront plus ?
Car vous êtes moins que le sable,Que soulèvent, dans le désert,Les moindres effluves d’airEn nappe indistincte et friable…
— Rome, ainsi tes graves leçons,Autant que ta lumière blonde,Restent les plus chères du mondeA ma nostalgie et me sont
Un réconfort si nécessaireQue lorsque je me vois privé,Depuis longtemps, de leur ave,Mon cœur affreusement se serre.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources