Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
Ces belles fleurs
Ces belles fleurs, au sein de l’Automne effeuillées,Et qu’une tiède pluie a doucement mouillées,O mon âme, jadis, connurent comme vousLes levers de l’azur et les couchants d’or roux.Avant de se plonger à l’éternel silenceComme vous elles ont, au rameau qui balanceSa frêle minceur sur le cristal de l’étang,Goûté l’extase ardente et l’émoi palpitant…Ces belles fleurs, couleur de flamme, murmurèrentComme vous dans le soir de ferventes prières,Ou dressant, au matin, leur visage vermeilChantèrent comme vous des hymnes au soleil…
Et maintenant voici que leur pourpre fanéeN’est plus qu’un vain jouet aux mains des Destinées,Que le lac dont l’azur faisait un miroir bleuDans son onde n’a plus à refléter leur jeu,Et qu’au bois dépouillé où leurs voix se sont tuesElles sont sur le sol comme vous abattues…
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources