Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
Tu ne saurais, mon âme, être vraiment humaine
Tu ne saurais, mon âme, être vraiment humaine,Qu’en pressant contre toi toute l’humanité,Qu’en dédaignant tes maux pour partager sa chaîne.Qu’en mêlant à son rêve un peu de ta clarté.
Aimer n’est rien, si ton amour ne se déverseSur tes frères ; s’il est de soi seul conscient.Que la douleur d’autrui comme un dard te transperce…Il faut aimer, il faut aimer, en s’oubliant.
Il faut aimer sans demander à la NatureUne exaltation d’où l’égoïsme naît.L’amour languit s’il n’est que sa propre aventureCar toute la beauté sublime en disparaît.
Qu’importe autour de soi si la foule insensibleAveuglément se rue à ses brutaux instincts ?Ne te lasse jamais de lui servir de cible,De lui tendre les bras que ton sang noble a teints.
Donne-toi, donne-toi sans raisons et sans causesEt ne sois point l’enclos qui ne peut s’entr’ouvrir,A quoi bon le parfum que répandent ses rosesSi ce n’est pas pour tous qu’elles doivent fleurir ?
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources