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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit

O seigneur

Pierre de Bouchaud· 40 vers

O Seigneur, j’ai trouvé votre esprit dans les rosesQui tapissent les murs d’un odorant réseau.Je vous ai découvert dans les plus humbles choses.Je vous ai vu passer sur l’aile de l’oiseau.

Je vous ai deviné sous le taillis sonoreOù le vent près de vous folâtrait en dansant.Vous étiez le parfum dont chaque fleur s’honoreEt la sève gonflant le jet arborescent.

Vous voici sur l’écho de la source joyeuseQui poursuit son chemin au pied des sapins gris.Tantôt vous vous bercez aux rameaux de l’yeuse,Tantôt vous vous cachez dans le vol des perdrix.

Ceux qui ne vous ont pas trouvé sont des aveugles.Ceux qui ne vous ont pas trouvé n’ont pas su voirVotre métamorphose en taureau noir qui beugle,En daim furtif errant près de l’étang, le soir.

Vous hantez les grands bois où les échos sommeillent.Vous vous faites la mousse auprès des blancs bouleaux.C’est vous, les chants de l’aube et les cieux qui s’éveillent,Et qui laissent tomber leurs brumes dans les eaux.

C’est vous, le bruit des mers, vous, la harpe des chênes ;Vous, le monde des sons qui sortent des forêts ;Vous, le parfum du thym ; vous, les chaudes haleinesDes feux d’arrière-automne, épars sur les guérets.

On vous surprend, Seigneur, au fond de chaque plante,Vous êtes leur ferveur ineffable en tout lieu.La Nature de vous sans cesse s’alimente ;La comprendre et l’aimer, c’est adorer son Dieu.

Seigneur, c’est blasphémer que vous chercher sans cesse.On sent votre présence autour de nous vibrer.Il n’est pour croire en vous qu’aimer notre faiblesse.Pour vous voir apparaître il suffit d’adorer.

C’est nous qui vous créons du profond de nos âmes,Rythmes de l’au-delà, parcelle d’Infini ;Et leur flamme d’un jour s’alimente à vos flammes.Notre essence immuable à vos splendeurs s’unit.

Mais si nous n’en gardons que des reflets bien pâles,Qu’importe ! Ces reflets éclairent notre cœur,Et nous font pressentir, ô beauté sans égale,Tous les rayons d’amour dont vous êtes le chœur.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources