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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour

Communion

Pierre de Bouchaud· 48 vers

L’amour qui parle, chante, se révèle
sous la forme des fleurs. — Toute cette
floraison qui resplendit dans la campagne,
c’est l’expression de l’amour, c’est
l’amour lui-même qui célèbre ses doux
mystères dans le sein de chaque fleur.Maurice DE GUÉRIN.

Écoute, mon amour, et comprends : La tendresse,Qui de son poids exquis si tendrement m’oppresse,Est pour moi précieuse en tant que je l’unisAu colloque des bois, des monts, des champs, des nids.Elle est entrelacée à l’azur de la plaine ;A ce brouillard d’argent dont le zéphire traîne,Sur le flanc des coteaux, les voiles transparents.Elle est dans la neigeuse écume des torrents,Dans le frémissement incessant des ramures,Dans le concert de sons, de chants et de murmuresQui viennent des labours ou de l’immensité.Le soleil et le ciel lui donnent sa clarté.De ce constant essor ne sois pas plus blesséeQue des fleurs par Cybèle avec art disposéesEt dont la pénétrante et multiple senteurEst moins pure que ton haleine, ô pure fleur.Émaux mystérieux, vivantes pierreries,Cassolettes, splendeurs et divines féeries :Ce sont elles, vois-tu, qui, tapis pour tes pieds,Parsèment, çà et là, venelles ou sentiers.Éros les fait jaillir comme des sources clairesQuand il passe en chantant à travers les clairières.Un souffle de sa lèvre, un geste de sa main,On les voit sur le sol étinceler soudain.Et si je les admire autant, si je les aimeA tel point c’est, vois-tu, que pareille à toi-même,Leur beauté rayonnante est le don de l’amourQui vous couvrit de grâce en vous mettant au jour.— Ne t’attriste donc point de cet essor, il laisseA sa fidélité totale ma tendresse.Dis-toi bien qu’elle vit de sa communionAvec la terre, l’eau, l’espace et le rayon.Ce sont ces éléments qui font qu’elle persiste,Recommence toujours, n’a rien de fantaisiste,Et demeure, en dépit de la fuite du temps,Aussi vivace qu’un perpétuel printemps.— Un printemps promenant sur l’éventail des brisesLe pollen impalpable aux essences qui grisent ;Un printemps toujours vif et toujours renaissantQui féconde l’humus de son généreux sang ;Puis, tel qu’un faon, parcourt, en bonds joyeux les terres,Pleines d’hymnes d’oiseaux, et de brises légères,De strideurs de grillons, de branches, de ruisseaux ;De glissements de trains, de cloches de troupeaux,Et des mille rumeurs dont l’ensemble irradie,En ce bas monde, l’âme éparse de la vie ;Et fait de la Nature une coupe où s’épandTout ce qui vole, court, résonne, vibre et sent.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources