Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
O regards purs…
O regards purs, cheveux que j’aime,Âme sensible et fière, ô vous,Si charmante d’être vous-même,O tête chère, ô front si doux !…
D’autres, suivant la route noireDu succès, pourront sans retourPrétendre au Temple de mémoireFixer leur éternel séjour.
Ils pourront, conquérants du mondeÉpris de leur propre grandeur,Tendresse, ô douceur sans seconde,S’écarter de ta chaude ardeur.
Ils pourront, croisant sur la routeLa jeunesse au visage fin,Dans un baiser se donnant toute,Passer sans lui tendre la main…
Infortunés ! Pour eux la vieN’a ni réconforts ni parfums,Puisqu’elle n’est pas asservieA de tendres yeux, clairs ou bruns.
Et quand, le jour qu’un Destin règle,Succombent ces triomphateurs,Ils s’éteignent seuls comme l’aigleAu désert glacé des hauteurs.
Mais le froid baiser de la GloirePourrait-il jamais remplacer,Amour, ton hymne de victoire,Dans un cœur que tu viens blesser ?
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources