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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Croquis

Pierre de Bouchaud· 70 vers

O bruit rapide des ruisseaux,Sous les roses des églantines.Petites cascades mutinesSecouant le pied des roseaux :Au milieu des jeunes feuillagesRésonnent vos échos joyeux.Votre onde emperle les herbages,Gazouille, on dirait, pour les cieux.Un soleil de saison nouvelle,Transfigurant tout, étincelle…Sur le calme immense des champsDes vapeurs de brume légèreMontent doucement de la terre,Rampent sur les coteaux penchants.Dans l’ombre agreste le silenceA quelque chose de divin.Sur un coudrier se balance,Agile acrobate au corps fin,Un écureuil. Des senteurs doucesD’humidité sortent des mousses.

C’est un paysage enchantéOù l’oiseau vole en liberté.Combien, paisible essor des choses,Belles transfigurationsDes gazons, des bois, des sillons,J’admire vos métamorphoses !Au sortir du farouche hiverQui vous a durement blessés,En oubliant le mal souffertDe nouveau vous reverdissez…— Quand elle est éteinte dans l’âme,Plus jamais ne renaît la flamme…Chaque année Éros, sur vos jours,Comme un beau papillon volète ;Soudain, par sa force secrèteVos rêves reprennent leur cours.… Mais quand les rêves des tendressesTarissent au fond de nos cœurs,Amour, vainement tu nous pressesSur ton sein, dans tes bras vainqueurs.En douleur se change la joie.A quoi bon l’azur qui flamboie…

— O Nature, écoute pourtant,Secourable, très sainte Mère,Ici, la fervente prièreQue je t’adresse, palpitant :Donne-moi la force sereineDe résister, ainsi que toi,Au mauvais sort qui se déchaîneSelon l’inéluctable loi.Et rends mon cœur aussi limpideQue cet étang que l’Eurus ride…Comme Primevère élevantVers le ciel ses branches fleuries,Sache empêcher mes rêveriesDe ramper au sol décevant.Rends-moi serein, uni, tranquille,A la manière de ces présQu’animent, çà et là, mainte îleDe crocus vermeils ou pourprés…Telles ces vives aubépinesÉployant leurs corolles finesParce que tu le leur prescris :Enseigne-moi l’obéissance,Rayonnante, sans réticence, —Même en dussé-je être meurtri : —A ces vouloirs inexorables,Que le Destin, Dieu redouté,Impose à tous les misérablesDont l’ensemble est l’humanité.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources