Les jours reflétés, 1925· La nature
L’asile
Je baigne ma pensée à l’air que le matinEnduisit de parfums et trempa de rosée.Sur l’océan du ciel une nue iriséeGlisse, légère nef au gréement de satin.
Çà et là, des ruisseaux, mêlant leur cœur liquide,Mettent sur le gazon des écharpes d’argent.On voit plier les fleurs sous le vol diligentDe l’abeille. En tombant, l’abricot mûr se vide.
L’herbe haute partout grésille de grillonsEt des alertes bonds nerveux des sauterelles ;Et le revers azur et rouge de leurs ailesSillonne les sainfoins de fulgurants rayons.
Sous le taillis, les jeux de l’active lumièreDessinent sur l’humus maint sequin mordoré.Et, dans l’ombre lilas et blonde aventuré,La phalène accomplit sa ronde coutumière.
— O fraîcheur O jeunesse ! adorable Beau jour !Plus suave et plus pur que de claires fontaines !Oiseaux entrecroisant vos phalanges lointaines,Vibrations de feu dansant sur les labours !
Accueillez donc, captez, en ce discret asile,Mon âme que la vie a fait par trop souffrir ;Car peut-être son mal quelque instant va tarirSi parmi votre paix profonde elle s’exile !…
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources