Les jours reflétés, 1925· La nature
Dans le bois, après l’averse
Senteurs d’humidité, d’écorces et d’herbages…L’averse a saupoudré de diamants les fleursEt sur les éventails épais des saxifragesDes gouttes, çà et là, luisent comme des pleurs.Les oiselets ravis chantent. De leurs plumagesLa bienfaisante pluie aviva les couleurs.Il n’est rejets gourmands, il n’est bêtes sauvages,Qui n’échappent, heureux, aux geôles des chaleurs…Subitement l’ondée a grossi les fontaines.La mousse a la douceur moelleuse des futaines ;Les pas allégrement plongent dans son tapis.De charmants miroirs d’eau, sous le hallier blottis,Réfléchissent des pans de lumière azurée,Le vent offre à la lèvre une saveur sucréeFaite de tous les fruits auxquels il prodiguaSes baisers. Une odeur vive de seringaSe mêle à des relents d’oliviers de Bohême.
Je rêve solitaire, au milieu d’un poèmeDont la Nature, ici, se plut à composerDes fragments : le sujet ne pouvant s’épuiser ;Un poème où la faune et la flore s’unissentPour former mainte stance aimable ; où les calices,En strophes de dessins élégamment rangés,Et les mille parfums des champs et des vergers,Alternativement parlent et se répondent :Où tour à tour les vents vocalisent et grondent ;Un poème rempli d’exquis susurrementsAvec des odes d’ombre et de gazouillements ;Des sonnets de rameaux ; des épîtres de sources ;Des discours de torrents aux bondissantes courses :Tandis que sur la harpe Éole et le ZéphyrFont, avec beaucoup d’art, et rythment à ravirUn accompagnement aux beautés magnifiquesQue seule Déméter donne à ses géorgiques.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources