Les jours reflétés, 1925· La nature
Nocturne
Respiration de la nuit,Tranquille fraîcheur embauméeMagnificence inaniméeDes astres dont l’or blanc reluit.
Un air doux entre par les baiesOuvertes sur l’immensité.L’odeur du tilleul argentéSe mêle aux chèvrefeuils des haies.
Aucun bruit, sauf dans le lointainLe son d’argent d’une fontaine.Parfois quelque divine haleineDe roses fulgure et s’éteint.
Fouillant la ténèbre cendréeMon regard cherche éperdumentLe secret de l’enchantementQui me rend cette nuit sacrée.
Mais hélas ! rien ne me répond.L’immensité reste muette,Et sur mon âme se projetteComme un torrent sur le ciron.
Or, devant l’énigme infinieQui ne veut pas se révéler,J’ai, du moins pour me consoler,O Nature, ton harmonie.
Car je la sens autour de moiAvec sa grâce non pareille,Qui, lorsque tout repose, veilleEt ne déserte pas mon toit.
Et quand les étoiles errantesNe laissent tomber sur ce seuil,Par l’ombre enveloppé de deuil,Que des lueurs indifférentes :
Sur l’aile du silence amiM’arrive, m’atteint, m’environne :Et la paix du cœur en rayonnePlus que de ses astres la nuit.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources