Les jours reflétés, 1925· La nature
« J’entends pleurer au loin la chanson des fontaines »
J’entends pleurer au loin la chanson des fontaines,L’écho s’en répercute au tréfonds de mon cœur,Les souffles alisés dont les forêts sont pleinesPour venir jusqu’à moi, passent de fleur en fleur.
Je suis comme imprégné de symphonie intense,Comme baigné d’azur, d’essences, de parfums.Du grand ciel à mon âme où donc est la distance ?Il est tout dans mon âme : elle et lui ne font qu’un.
Cette ivresse à grands flots qui soudain me pénètre,Et m’arrache un instant à ma fragilité,Ce bonheur, ce transport, cet essor de mon être,Ce désir m’emportant jusqu’à l’illimité,
C’est l’offrande des dieux, lorsqu’ils font de la terre,Ainsi que dans ce jour doré leur reposoir,Où tout s’épanouit, tout vibre, tout prospère.Le moindre son éveille un indicible espoir,
Espoir mystérieux dont échappe la cause,Mais qui n’a pas besoin de se réaliser,Pour nous donner, du coup, le bonheur qu’il proposeEt qu’à notre portée il lui plaît de placer.
Moment délicieux puisque la destinéeDevenue oasis en plein désert vitalOffre au passant humain la halte fortunéeOù la réalité se teinte d’idéal.
L’âme, tel un Éden, de fleurs se couvre toute,L’idée allégrement vient sustenter l’esprit,Et quand le voyageur doit reprendre sa route,Il n’est plus solitaire, un grand rêve le suit.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources