Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Dormez…
Dormez ! J’aime à vous voir dormir. Je sens votre âmeFlotter autour de vous comme une tendre flammeInvisible. Dormez ! Le sommeil, qui l’enclôtDe sa candide paix, rend votre corps plus beau.A peine en respirant votre sein se soulève,Et ce repos m’est cher qui vous offre sa trêve.Dormez ! Je ne crains pas que soient fermés vos yeux,La paupière se tend, voile mystérieux,Sur l’éclat frémissant et pur de leur prunelle.Mais si je n’en vois plus la rapide étincelle,Je sais bien que son feu dans sa nuit luit encor.Car le repos ne peut enrayer son essor…Et le calme profond, où s’immerge votre être,Rend plus touchant pour moi l’amour qui le pénètre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources