Les jours reflétés, 1925· La vie· II In Memoriam
L’immuable souvenir
O Nature, en ce jour d’arrière-automne blond,Où la brume améthyste au-dessus du vallon,Des plaines et du dos bombé de la collineS’élève lentement, comme une vapeur fine ;
Par cet après-midi d’arrière-automne douxQuand si douce est la vie, alors je pense à tousNos héros étendus dans la terre natale :Pur espoir du pays fauché par la rafale…
Je pense aux jeunes morts dont tu voulus la fin,Nature, avant que soit révolu leur destin,Quel crime monstrueux ces meurtres inutiles !Et se peut-il qu’ainsi de plein gré tu mutilesInexorablement la fleur de l’avenir ?Ne sais-tu donc créer que pour anéantir ?…
O chers adolescents, ô cohortes divines :Les feuilles, tels vos sangs glorieux, s’illuminent.Mais toute la splendeur qui s’offre à mes regardsPlus fort me lie à vous gisants de toutes parts,Enfants prédestinés offerts en holocausteAu Sort et qu’Erinnys vint immoler au posteD’honneur où le drapeau vous avait appelés :
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources