Les jours reflétés, 1925· Hors de France
Vers l’attique
Les jardins de Sicile où la guêpe en maraudeAutour du brugnon bleu comme un point d’ambre rôde,Malgré les souvenirs d’Eschyle reposantSous le pampre flexible et le pin frémissant,Malgré les jeux que fait sur la terre dorée,Le Soleil répandu comme une onde qui créeLa vie exubérante aux flancs roux de l’Etna ;Et qui vers Syracuse et Girgenti mena,Au temps des siècles morts, les pieuses galèresQu’emplissaient des présents pour les Dieux tutélaires ;Ou qui vit, à Ségeste, aimé des vents marins,S’agiter une mer de bruyants pèlerins :Malgré leur chaud transport, les jardins de SicileNe valent pas pour moi Athènes ni les îlesQu’emprisonne d’azur le flot ionien,Comme un pur diamant qu’un cercle d’or contient…
Rien n’égale l’aspect brûlant de SalamineQu’un souvenir de gloire éternelle illumine ;Où la brise, effleurant le branchage des pins,Célèbre Thémistocle ; où les échos sont pleins,Léonidas, du bruit de tes troupes agilesS’opposant à Xerxès, au pas des Thermopyles…L’air semble encor vibrer de vos fiers entretiensQue Minerve guidait, Aristotéliciens,Et l’azur retentir de la grave musiqueDes phrases de Zénon parlant sous le Portique…— Grèce, vos bords qu’entoure et blesse le Soleil,Abritent les pensers comme en un nid vermeil.Plus que les clairs débris des temples d’AgrigenteSi beaux quand, les nuits d’août, la lune les argente ;Que le chaos de marbre et le sol crevasséD’où Sélinonte rêve aux fastes du passé,Me plaisent : le parfum dont la puissance éclateSur l’Hymette, telle une source d’aromate ;Les lauriers élancés abritant à demiQuelque fût solitaire et dans l’herbe endormi ;Ces noms, comme, voilés d’une dentelle fine :Zacynthe, Cérigo, Céphalonie, Égine ;Ces légendaires dieux ; ces foules de héros ;Ces mémoires qu’illustre à jamais le paros ;Et sur ton gai miroir, ô blanche mer Égée,Les Cyclades semblant une flotte rangée…
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources