Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
Je suis reste longtemps auprès de la fontaine
Je suis resté longtemps auprès de la fontaine…
J’écoutais dans le son de l’eau la voix lointaineDes tendres souvenirs dont je suis déchiré.Et songeant aux jours morts j’ai longuement pleuré…Il me souvient encor de ma belle poursuiteDu Bonheur qui riait et qui s’enfuyait vite.Son geste, comme un lys ardent, parfumait l’air,Son regard ressemblait au fulgurant éclair.Il tenait dans les mains, telle une fleur sonore,La lyre qui vibrait aux rayons de l’aurore :Et moi, docilement, j’en notais les accentsDans mon cœur où l’espoir brûlait comme l’encens…Mon Dieu ! mon Dieu ! qu’il était doux d’avoir son âmeOuverte aux grands désirs, ou pareille à la flammeQui joyeusement tend au ciel sa tige d’or !Quel charme de porter avec soi le trésorDe sa joie, ainsi qu’un bouclier qui protègeLa Vie, et de passer en dansant sur la neigeDes cerisiers en fleurs, et d’être en fier printempsDans les bras du soleil et l’haleine des vents…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources