Les jours reflétés, 1925· La nature
L’alerte et douce vie
L’alerte et douce Vie est dans ton émeraude,Juin, comme un papillon sur les pampres posé.La Vie est aujourd’hui lourde d’une odeur chaudeEt porte dans sa main un acacia rosé.
La lumière s’accroche en festons aux nuéesQui voguent lentement sur le satin des cieux.Et les blanches vapeurs étendent leurs buéesSur les contours du fleuve et les champs radieux.
Ah ! que j’aime, mon Dieu toute cette eurythmieDe tons voilés couvrant les gradins des coteaux.On dirait que la terre à genoux rêve et prieDans un parfum de prés, de bois et de ruisseaux…
L’atmosphère laiteuse est une perle fineEt la coupe de l’âme, ouverte à l’air béni,Se remplit des senteurs qui gonflent la poitrine,Comme un soupir d’amour tombé de l’Infini.
Les chansons des oiseaux et les babils des sourcesCroisent, sous les halliers, leur concert cristallin.Les faons dans les roseaux mènent leurs folles courses.Un feu s’allume au flanc des monts couleur de lin…
Mon cœur, qui vous mêlez à ces apothéosesD’aromes, de rayons, de troublantes beautés,Restez grave devant ce grand essor des choses,Et devant leur élan sublime, méditez.
Et puisqu’à l’union de la terre et de l’onde,Répond le rythme issu des Au-Delà sacrés :Inclinez-vous ! Voici passer l’Esprit du monde.Voici l’instant où Dieu se révèle. Adorez !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources