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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

O fleurs, vous m’Entr’ouvrez vos âmes

Pierre de Bouchaud· 44 vers

O fleurs, vous m’entr’ouvrez vos âmes délicates !Du ruisseau jaseur l’onde a des blondeurs d’agates,Et son humide haleine imprégnant vos veloursDe ce jour d’or d’été fait le plus beau des jours.Autour du lac ovale où flottent vos essencesLes caressants zéphyrs doucement vous encensent,Tandis que, désertant le lit moelleux des flots,Les Naïades s’en vont sur vos cœurs frais éclosDéposer, tour à tour, d’invisibles caresses ;Et je vois aux baisers qui longuement les pressentOmbelles et pistils palpiter, par moment,Comme frémit l’amante aux ardeurs de l’amant.Du lac éblouissant la transparence est telle,Que ce goujon broyé, petit trait d’argent frêle,Par un martin-pêcheur effleurant l’eau, descendJusqu’au sable du fond, et l’œil le suit glissantTout le long du cristal de la nappe tranquille,Puis sous le poids du flot, demeurant immobile…L’azur est un émail que rayent les oiseaux ;La brise murmurante enlace les roseaux.La Nature, qu’émeut sa splendeur, à l’exempleDe Narcisse, au miroir de ses eaux se contemple.De son propre hosannah le chant harmonieuxGrandit, se répercute et se perd dans les cieux :Ineffable lien rattachant l’Empyrée,Au delà de l’espace, à la tâche sacréeDe Cybèle, ici-bas, et proclamant l’hymenDepuis l’aube des temps, du sol et de l’Éden.Quelle force jaillit de cette vie ardenteDont sont participants l’animal et la plante,Et qui les apparente aux Dieux étroitement.Spectacle continu du recommencement.Le fini n’est-il pas lui-même une parcelleDe la pérennité puisqu’il se renouvellePerpétuellement et puise dans la mortLes germes successifs d’un éternel essor !— Ainsi dans ces beaux lieux où l’heure en paix chemine,Cybèle m’associe à son œuvre divine,Et l’autel de la terre, avec profusionParée, accroît encor mon admiration.Et ma fragilité ne me fait plus de peine,Car elle est, malgré tout, un chaînon de la chaîneQue forge, au jour le jour, l’éternel devenirDe l’objet ou de l’être — et qui ne peut finir.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources