Les jours reflétés, 1925· La vie· II In Memoriam
Le pays
Dans la dentelle des nuagesSe glissent des rais de soleil.La brume à l’horizon vermeilPose de brusques tatouages.
Les tranquilles bourgs, au lointain,Dorment sur le bord des collines,Enveloppés des mousselinesDu fertile climat latin.
Un train comme une flèche passe,Et ses volutes de vapeurTraînent à terre avec lenteurAvant de s’enfuir dans l’espace.
Les miroirs des prestes ruisseauxRéfléchissent le jeu des nuesA silhouettes biscornuesQue Zéphire met en lambeaux.
— … Sans se lasser il faut décrireTes splendeurs, pays bien-aimé,Où les Grâces ont essaiméEt dont elles font leur empire.
Toi, qui, sous l’étreinte de ferDu détestable Mars, demeuresSi français pourtant, à ces heures,Si noble, si pimpant, si fier !
Et quand nos gars, que rien ne lasse,Au front, reprennent, peu à peu,Notre sol natal, sous le feuDe la plus agressive race,
Conserves, pour leur faire honneur,Tes mêmes pittoresques charmes ;Jusques au milieu de nos larmesEs plaisant comme en plein bonheur ;
Et malgré les émois tragiquesOù la guerre aime à nous plonger,Gardes, en dépit du danger,Toutes tes douceurs géorgiques…
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources