Les jours reflétés, 1925· La vie· III L’amour
Le véritable amour
Ego autem libentissime impendam,
et super impendar ipse pro animabus
vestris : licet plus vos diligens
minus diligar.S. Paul. IIe Épître aux Corinthiens. v. 15.
J’offris ma pauvre âme brûlante,Mais aucune âme n’en voulut.Me voici pareil à la planteD’où la sève, un beau jour, s’exclut.
Tout m’est distant, tout m’abandonne ;Tout fuit l’étreinte de mes bras.Las ! je ne suis rien ni personne.La terre manque sous mes pas.
Et ce monde où, durant une heure,L’on vit en tâchant d’être bon,N’est qu’un grand désert où je pleureDe perpétuel abandon.
Ton cœur souffre ? C’est qu’il désireQue l’on réponde à sa bonté.Aime, mais ne va jamais dire :J’attends la réciprocité.
Donne-toi sans réserve. DonneTon cœur, ton âme à pleine main ;Même en ne contentant personne,Donne aujourd’hui, donne demain.
Il faut pour pouvoir dire : J’aime,Savoir s’oublier sans retour,Et faire de l’Amour lui-mêmeLa récompense de l’Amour.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources