Les jours reflétés, 1925· La nature
Lorsque la nuit descend
Lorsque tombe le soir lentement sur la terre,Alors j’entends la voix du silence gémirDans les cyprès bordant les champs pleins de mystère,Comme un faon orphelin que la nuit fait frémir.
Le sol laisse échapper des parfums d’ombre tiède.La détente un moment envahit les pensers.Et le long bruit de mer sortant de la pinèdeÉvoque un flot obscur où les morts sont bercés.
O morts, mes morts chéris, qui reposez dans l’ombre,Jamais je ne vous sens plus rapprochés de moiQu’à l’heure où le soleil descend, décline et sombreDerrière les coteaux qui rougissent d’émoi.
Car, tout au doux rappel de ses chères tendresses,Mon cœur, que la ténèbre enveloppe, n’est plusDistrait aux bruits du jour, et goûte l’allégresseDe revivre à loisir les instants révolus.
Et comparant son sort à votre paix immense,Imaginant les maux qu’il doit encor souffrir,Il vous envie, épris de votre grand silence,O morts, d’avoir enfin mérité de mourir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources