Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
O délices des jours
O délices des jours, ô doux printemps de l’âme,Vous à qui j’ai voué mes désirs palpitants,Vous, l’élan, le baiser, l’espérance et la flammeDont j’ai goûté l’ardeur et les tendres instants :
Ne me retirez pas votre monde sublime,Vos purs jaillissements, plus souples qu’un jet d’eauEt vos vivacités dont je suis la victime,Et vos rêves glissant sur moi comme un ruisseau.
Jetez autour de moi les frissons de vos ailes.Flottez, tel un parfum tombant d’un soir d’été,Et marquez mon esprit comme une claire stèleQue perce le soleil de son plectre exalté.
Resserrez toujours plus votre divine étreinteQui s’enroule à mon cœur, ainsi qu’au cèdre bleuLe lierre. Environnez mon être de l’enceinteOù repose Brunnhild dans un cercle de feu.
Et lorsque se sera, dans l’espace, exhaléeMa vie : intervenez une dernière fois,Pour l’unir à jamais, candeur immaculée,Aux haleines de l’onde, à l’essence des bois.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources