Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
O mon cœur
Mon Dieu, que je voudrais, ô mon cœur, apaiserTon angoisse inquiète, endormir et bercerTon émoi douloureux dont le poids lourd te presse !Que je voudrais calmer la brûlante allégresseQui t’emporte parfois si loin dans l’Infini,Comme un oiseau chassé par l’aigle de son nid !Ah ! ne pourrai-je un jour, arracher de la VieMon désir éperdu de vivre ? Sans envie,Ne pourrai-je, un jour, voir dans le jeu des saisonsPasser le bel Amour qui brise les raisons ?Ah ! me détacherai-je, indifférent aux choses,Des matins azurés, des soirs d’apothéoses,De la chanson du vent dans le verger fleuri,Du babil des ruisseaux, de l’arôme mûriDes fruits brisant au sol leur pulpe tendre et chaude ?Oublierai-je ton vol, ô cétoine émeraude,Pompant le suc caché des roses du jardin ?Et saurai-je au tombeau, Nature, bel Éden,Ne plus me souvenir du parfum de tes sèves,Dont la brise en passant rafraîchissait mes rêves ?
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources