Les jours reflétés, 1925· La nature
Vision
C’est un multiple écoulementDe petites gouttes brillantes,Pendeloques de diamantSe suspendant au cou des plantes.
L’épaisse brume de chaleurN’est plus qu’un long voile liquideDont le zéphyr, par instants, rideLa trame presque sans couleur.
— Avec avidité la terreS’imbibe, boit, se désaltère…L’humus par Phoibos fendilléReçoit avec grande liesseCet insistant baiser mouilléQui profondément le caresse.
Les feuilles, innombrables mains,Tendent leurs paumes à la pluie.Sous la grange, comble de foin,Un pigeon du bec, avec soin,Lentement, posément, s’essuie…— Ce n’est partout qu’un son légerDe ruisseaux qu’on voit voltigerSur leurs lits de cailloux sonores.L’odeur que l’averse répandS’amalgame, en l’enveloppant,Au subtil parfum de la flore.Un pinson posé sur le sol,Aux fines plumes de ses ailesPorte de fluides dentellesQu’éparpille son brusque vol.
Et tout le jardin, de cette onde,Accepte, comme un bien sans prix,La caresse qui le féconde,Dont sa substance se nourrit…
— Éternelle splendeur des chosesO Nature ! O Pérennité !Que deviendrait sans ta beautéCette proie des Destins moroses,La misérable humanité ?
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources