Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Aquarelle
Pour Charles Sauerwein.
L’air suit l’allée en feu des grands géraniums.Son invisible souffle erre sur la pelouseEt vide du pollen, dont l’abeille est jalouse,La conque renversée et pâle des arums.
Il joue avec l’acanthe aux belles découpures,Glisse sur le vernis miroitant du laurier,Baise la gomme au tronc fendu d’un cerisier.La Vie est suspendue à ses étreintes pures.
Les bégonias blancs, dans l’ivresse du jour,Ont des reflets pareils aux pâleurs des vieux Sèvres.Les coléus frisés, à bigarrures mièvres,Balancent lentement leurs franges de velours.
La corolle des lys est une cloche inerteOù parfois la cétoine éveille un faible écho.Et la feuille en cornet des cannas, près de l’eau,Déroule le satin de sa spirale verte.
Et moi je suis, dans la touffeur d’or de l’ÉtéQui chemine en semant sa joie immense et chaude,L’amphore découverte où le rayon qui rôdeDépose peu à peu son onde de clarté,
Et qui, sous la liqueur ardente qu’elle abrite,Sent ses flancs élargis tout à coup tressaillir,Comme si de son sein allait à flots jaillirTout le sang des lueurs que le vent précipite.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources