Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
La venue de l’été
Pour monsieur Gaston Calmette.
L’Esté de flames reluisant
Et tout chargé de feu…RONSARD.
Le saule doucement s’inclineTout enchevêtré de soleil,Et le jardin est tout vermeilDes grains gonflés de l’églantine.
J’écoule dans l’air iriséVoler les guêpes en maraude ;Près de moi l’abeille taraudeLe fruit mûr par endroits creusé.
J’ouvre mes bras à la lumièreEt je crois presser sur mon cœur,Avec les chauds rayons, le chœurDes parfums et la terre entière.
Là-bas, un tilleul argenté,Dont le vent agite les branches,Semble, de ses mille mains blanches,Applaudir le tranquille été.
Et moi je suis, dans la touffeur d’or de l’ÉtéQui chemine en semant sa joie immense et chaude,L’amphore découverte où le rayon qui rôdeDépose peu à peu son onde de clarté,
Et qui, sous la liqueur ardente qu’elle abrite,Sent ses flancs élargis tout à coup tressaillir,Comme si de son sein allait à flots jaillirTout le sang des lueurs que le vent précipite.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources